LA CONQUÊTE DE LA REPOUSSE ET DE L’ÉPOUVANTE – d’autres cartes nous mêlent!


D’AUTRES CARTES NOUS MÊLENT!

Les recherches que j’ai faites sur le sujet ont, à un moment donné, profité de l’apport de David Desjardins, un résident de St-Faustin issu directement des pionniers, des fondateurs du village. M. Desjardins s’intéressait particulièrement alors au réseau des pistes de ski de fond, notamment de la «Maple Leaf», celle-là même que traça «Jack Rabbitt» Johannsen. M. Desjardins me fit part de ses découvertes au niveau de la cartographie de la région, particulièrement au niveau des travaux réalisés par les arpenteurs. Il me transmit certains documents produits à l’époque qui contribuèrent grandement à l’évolution du dossier. Je lui en suis très reconnaissant.

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Les Allbright, Barnard, Quinn, Leclerc, Laviolette, Gauvin et autres ont produit un ensemble de plans cadastraux et de regroupements de plans successifs réalisés à diverses époques par divers arpenteurs. Nous parlons d’un travail s’échelonnant sur environ 60 ans soit des environs de 1840 aux années 1900.

Dès 1857, Allbright avait complété de larges pans de ce territoire compris entre Arundel et la Montagne Tremblante poussé par l’Écossais Sydney Bellingham. Les Cantons de Salaberry (St-Jovite) et Grandisson (la Montagne Tremblante) furent complétés avant Wolfe (St-Faustin) sous la poussée anglaise, souvent par des arpenteurs anglophones. C’est particulièrement d’ailleurs à partir du Nord-Ouest que furent réalisés les travaux successifs conduisant à St-Faustin.

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Ces plans ont une grande cohérence interne en ce sens qu’ils reproduisent avec précision le positionnement de chaque lot et de chacun des lots constituant le canton, les uns par rapport aux autres dans une même séquence continue. Mais nous n’avons pas là, pour autant et par la somme des informations qu’on y trouve une carte géographique au sens moderne du terme. Plusieurs imprécisions sautent aux yeux.

La méthode de l’arpenteur à l’époque ne traduit généralement pas la courbure de la terre de sorte que deux arpenteurs, l’un partant de l’Est et l’autre de l’Ouest sur une même ligne de longitude ne se rejoignent pas nécessairement au même endroit alors que théoriquement, ils le devraient. L’angulation des lots par rapport au nord réel n’est pas toujours tenu en compte. Tout ceci fait en sorte qu’on retrouve aux points de jonction des espaces indéfinis et souvent biscornus mais bien réels que l’on appelle en anglais des «gore». On ne peut les oublier, ils sont là. On les joindra souvent au lot adjacent sous le vocable, par exemple, de lot 18A de forme irrégulière jouxtant le lot 18.

Dans d’autres cas (Quinn), les plans regroupés sont étonnants! Les lignes divergentes par la nature de l’exercice se rejoignent bizarrement parfaitement, il n’y a plus de «gore» ! On les a «oubliés», ils sont volatilisés!

Dans le cas qui nous intéresse, une telle ligne de jonction des travaux des arpenteurs, une «ligne centrale» selon leur vocabulaire, passe précisément en plein centre du territoire qui nous intéresse soit les rangs IV,V, VI et VII du Canton de Wolfe. On voit donc ces bizarreries se produire et compliquer les choses.

Bien plus, à l’époque on retrouve sur les plans cadastraux et leurs regroupements des descriptions de réalités géographiques comme des lacs et des rivières positionnés de façon pour le moins fantaisistes. Certaines sont inexistantes en dépit de leur taille qui en justifierait leur présence. D’autres, souvent imposantes, n’y sont pas ou bien leurs formes ne sont pas correctement respectées.

Pour ce qui nous intéresse particulièrement, plusieurs de ces regroupements de plans cadastraux décrivent les chemins gouvernementaux de l’époque! Nous avons cru, à première vue, trouver ainsi solutions à toutes nos interrogations. Ce fut le cas, nous le verrons plus loin en ce qui touche le chemin de contournement de la Repousse mais nous avons connu d’abord une grande déception en ce qui touche le premier chemin parcouru par Labelle et la localisation de la Repousse et de la montagne de l’Épouvante.

Voici comment une analyse un peu plus fine nous apporta ces déceptions. Par exemple, les cartes des années 1870-80 indiquent le positionnement de ce qui semble être celui du premier chemin emprunté par Antoine Labelle, clef de voûte à la solution des questions que nous nous sommes posées.

Ce chemin passe sommairement, selon les travaux de Quinn et Leclerc, dans un axe est-ouest entre le Lac à Cailles et le Lac au Poil pour passer ensuite au nord du Lac au Poil et longer enfin la montagne au nord du Lac au Poil mais non en la gravissant. Le tracé indiqué laisse croire que ce chemin longeait plutôt son flanc ouest.

Rien dans ce chemin ne satisfait aux descriptions si précises de Buies qui nous dit qu’après avoir calé jusqu’aux genoux, le Curé gravit La Repousse, vit le Lac au Poil et monta jusqu’en haut de l’Épouvante.

Ce chemin est plat jusqu’au Lac au Poil, tout au plus quelques petits mètre de dénivellation! Je l’ai moi même marché sur un sol solide. Il y avait bien, quelques 4-5 mètres plus bas, un ruisseau encouragé par l’existence d’un barrage de castor mais il était tout à fait facile de ne pas se mettre les pieds dedans! Et, par après, une montée qui n’a rien d’épouvantable car elle se fait presque dans la vallée qui se situe sur le flanc ouest de la montagne au nord du Lac au Poil.
Aucune cohérence.

Signalons pour l’intérêt du lecteur que deux chemins furent éventuellement créés dans cette passe (est-ouest) entre les Lacs au Poil et à Cailles, chemins abandonnés mais qui figurent sur des cartes relativement récentes. Ces chemins, près du Lac de la Ripousse se situent de part et d’autre de là où se trouve sa charge. Tout ceci n’aide pas à éclaircir les choses car il est assez facile d’imaginer qu’un chemin abandonné il y a 50, 60, 75 ans puisse être confondu avec un autre existant il y a 135 ans!

ET LA LUMIÈRE FUT!

C’est alors que nous avons formulé l’hypothèse que les arpenteurs de l’époque étaient peut-être peu fiables dans la description des accidents géographique mais que les lots décrits étaient d’une grande précision ET AUSSI les chemins qui sont positionnés sur ces lots. En effet, il est bien possible que ces chemins aient été empruntés par les arpenteurs eux-mêmes au moment même où ils réalisaient leurs plans!

C’est alors que nous avons géo-référencés les plans cadastraux des arpenteurs. En termes simples, nous avons établi la longitude et la latitude des quatre coins de chaque lot à partir des cartes modernes qui elles-mêmes reprennent le positionnement de ces lots. Dans un second temps, nous avons aussi géo-référencés les routes qui apparaissaient sur ces lots tout en oubliant les représentations des cours d’eau, lacs, rusisseaux, rivières etc… Cet exercice complété, nous avons reproduit ces tracés sur des cartes topographiques modernes (au 50,000 ème (fédérales) et au 20,000 ème (Québec) principalement), elles-mêmes géo-référencés, tout ceci à l’aide de logiciels (Oziexplorer et Touratech).

Les résultats sont tout simplement spectaculaires. La cohérence des tracés et des descriptions de Buies est parfaite, la précision étonnante. Par exemple, le chemin emprunté par Labelle en 1870 commence précisément, à quelques mètres près, là où se terminait le chemin public de l’époque. C’est ce que nous examinerons maintenant.