LA CONQUÊTE DE LA REPOUSSE ET DE L’ÉPOUVANTE – les cartes se mêlent


LES CARTES SE MÊLENT

Ce sont ces chroniques de Buies, parues dans le Nord en septembre 1882, qui nous ont fourni ces informations de première main. Buies nous rapporte les voyages de Labelle, il nous rapporte même ses paroles. Pour répondre aux questions que nous nous posons, il faudra donc que les réponses puissent être cohérentes avec ce qu’il en a dit. Par exemple, il faudra que de l’autre côté de la Repousse on puisse voir le Lac au Poil. Il faudra qu’au pied de la Repousse on puisse trouver un zone marécageuse, humide tant au printemps qu’à l’automne. Il faudra aussi que l’Épouvante puisse se gravir à partir du Lac au Poil et que de là haut, sur la crête de son sommet on voit la Rivière du Diable. Il faudra aussi que ce chemin se situe sur le haut du flanc ouest de la montagne.

Peu d’auteurs de l’époque ont raconté cette histoire.

B.A.T de Montigny

Benjamin Antoine Testard (B .A .T.) de Montigny fut le premier à écrire sur le sujet. Dans son ouvrage intitulé
«Colonisation du Nord», il nous raconte, dans un style très particulier, un périple de St-Jérôme au Nominingue au cours du mois d’août 1884. Voyons ce qu’il nous en dit.

Tout d’abord, il nous parle avec enthousiasme de la Repousse qu’il qualifie de Sebastopol de la colonisation.. Il dit avoir gravi cette montagne comme Labelle l’avait fait pour la première fois «en octobre 1872». De Montigny fait une première erreur sur la date. Le Curé a, le terme est assez juste, grimpé la Repousse en novembre 1870.

De plus, il n’a manifestement pas pris le même chemin car parvenu au sommet de ce qu’il qualifie de Repousse, il identifie St-Faustin: « Du côté nord s’étend cette plaine qui s’élargit en vous indiquant les vallées de la Diable et de la Rouge. St-Faustin est à vos pieds sur une colline qui contourne la décharge du lac au Poil, des champs couverts de moissons s’étendent sur les pentes douces…»

Or le Curé, au sommet de la Repousse n’avait vu qu’une chose : le lac au Poil… De plus, de Montigny y voit, outre St-Faustin, la décharge du lac au Poil. C’est impossible. La décharge de ce lac ne coule nullement en direction nord vers St-Faustin mais bien en direction sud-ouest vers le bassin de la Rouge. Ce qu’il voit pourrait être le lit de ce qui deviendra le Lac Colibri ou encore quelques tout petits lacs et ruisseaux faisant partie, de ce côté des montagnes du bassin de la Rivière du Nord. Mais où B.A.T. de Montigny est-il réellement passé? Quelle montagne a-t-il gravie? Que voyait-il réellement?

Chose certaine, il n’est pas loin de là où se trouvait le sentier suivi par Labelle car comme lui, il dit avoir passé le Lac de la Brume et le Lac Cornu.

Il nous apporte une précision. Du haut de cette montagne qu’il confond avec la Repousse de Labelle, il nous dit :

«Nous descendons cette montagne en évitant l’Épouvante, pic plus haut encore que la Repousse, et nous nous dirigeons vers le village de St-Faustin qui n’est encore qu’une mission…»

De Montigny n’a pas pris le même chemin que le Curé, il a vraisemblablement pris le premier chemin de contournement de la Repousse. À cette date, le chemin pris par le Curé à l’automne de 1870 était depuis longtemps fermé. Ce premier chemin de contournement a été en usage pendant près de 100 ans, les plus anciens Valdurnois nous ayant indiqué son usage occasionnel par les marcheurs jusque dans les années 1970. En 1884, date du voyage, il est même fort probable qu’une bonne partie de la deuxième voie de contournement eut été complétée si non sa totalité. De Montigny nous confirme même qu’«En 1882, les travaux publics qui ont été faits dans le Canton de Wolfe, sont : 1-déviation du grand chemin conduisant de Ste-Agathe à St-Faustin, pour éviter la Repousse…»

L’Abbé Angelbert Sanschagrin

L’abbé Angelbert Sanschagrin dans ses «Mémoires paroissiaux de Saint-Faustin» parus en 1928 trace, centré sur chacun de ses curés, l’histoire des lieux.

Il commence, bien sûr, avec le Curé Leblanc, curé de Ste-Agathe mais aussi curé, premier curé, de St-Faustin. Ce n’était toutefois pas un curé résident. Sanschagrin lui accorde beaucoup de mérites dont celui d’avoir tracé le chemin vers St-Jovite. Ce chemin fut fort probablement tracé en 1870 par Labelle lui-même qui fit une seconde exploration suite à son «escalade» de la Repousse et de l’Épouvante.

Selon Sanschagrin, Leblanc descendit à St-Jerôme, «à l’été 1871 pour remettre ses intérêts entre les mains du puissant Curé». Le curé Leblanc voulait une (nouvelle) route.

Labelle, tout en étant, à mon avis, taquin avec lui, le comprit très bien. Il en avait lui-même assez sué! Labelle lui confirma la nécessité de refaire le chemin et partit pour Ottawa le jour même «d’où il revient avec les dix-huit cents piastres qui ont servi à ouvrir le chemin entre Sainte-Agathe et Saint Faustin.»

On a vu que le chemin original avait connu ses premiers travailleurs s’y attaquant en 1869. Ce second chemin, premier contournement, voit « À l’automne 1871, des arpenteurs… faire un tracé officiel…» Le Curé Leblanc trouvait cependant que ce nouveau chemin comportait trop de côtes abruptes et s’en plaint encore à Labelle. Le Curé vint même voir sur place, considérant Leblanc «plaignard». Mais, pour une seconde fois, son embonpoint aidant, le pauvre Curé «soufflait à perdre l’âme, sa figure ruisselait.». Leblanc le taquina à son tour en lui soulignant que « … ces Curés de Saint-Jérôme, ce n’est pas habitué aux côtes.» Sanschagrin rajoutant «Les Anciens savent que nous mentionnons ici la côte de l’Épouvante.»

Or Sanschagrin qui écrit en 1928 fait ici une référence à une réalité qu’il ne peut correctement situer, la première voie de contournement ne se situant nullement où se trouvait la Montagne de l’Épouvante. En fait, tant Buies que de Montigny nous on tous dit que ce deuxième chemin évitait l’Épouvante! Labelle suait dans ce chemin qui gravissait une autre montagne que l’Épouvante et même une autre montagne que la Repousse qu’il avait comme objectif de contourner. Labelle suait là où suerait de Montigny 13 ans plus tard, dans le premier chemin, en construction, de contournement de la Repousse.

Rien dans tout ce que nous venons de répertorier n’apporte de réponse à nos questions fondamentales quant à localiser avec précision la Repousse, l’Épouvante et les trois chemins. Celui de 1869, celui de 1871 et celui de 1882. Mais nous avons appris des choses essentielles sur les deux premiers chemins. Nous les avons résumées pour le premier. L’essentiel du deuxième, est qu’il est un chemin de contournement qui évite à la fois l’Épouvante et la Repousse. Enfin, tout en contournant ce premier «mur», il gravit une autre montagne abrupte débouchant sur une vallée conduisant à St-Faustin. Enfin, un troisième chemin, une seconde et dernière voie de contournement vient après 1872, dix ans après.. Cette voie permet un lien sans grandes difficultés entre St-Faustin et Ste-Agathe.