LA CONQUÊTE DE LA REPOUSSE ET DE L’ÉPOUVANTE – tout se révèle à nous!


LA REPOUSSE, L’ÉPOUVANTE ET LE PREMIER CHEMIN DU CURÉ SE RÉVÈLENT À NOUS!

Tout juste avant de gravir la Repousse, on le sait, le Curé passe dans la branche la plus «nordique» du Lac Cornu, là où se jette le ruisseau du Lac à Cailles. À cet endroit précis, le ruisseau forme un petit delta qui a jeté tant d’alluvions depuis les millénaires que le fond du Lac Cornu est un haut fond à cet endroit. Ce delta, constamment humide tant au printemps qu’à l’automne fait qu’il est facile d’y caler jusqu’aux genoux comme Labelle, cette homme de plus de 300 livres, l’a fait, comme il nous l’a dit. Le géoréférencement des chemin dessinés par les arpenteurs sur les lots joignent précisément, exactement là, les routes construites avant 1869. Labelle arrive à cet endroit par le bord de l’eau. J’y ai été et on marche d’un petit îlot de terre à l’autre sur quelque distance selon que l’on est plus ou moins près du Lac Cornu et du ruisseau du Lac à Cailles qu’il faut franchir. Tout eci est tout à fait compatible avec les paroles mêmes d’Antoine Labelle.

On a fait, depuis, passer là un chemin construit quelques mètres plus haut avec des moyens modernes qui ont permis de lui donner une assise solide mais il a certainement fallu plusieurs «voyages» de gravier sur une certaine distance!

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Dès que nous quittons cette zone humide du Cornu, nous commençons immédiatement à gravir la Repousse. Si on se fie au tracé, Labelle est monté presque à son sommet et que voit on de là? Le Lac au Poil, exactement comme le dit Buies. Soulignons qu’il est bien possible que le tracé que nous avons reproduit comporte des imperfections mineures qui feraient que le chemin soit à quelques mètres du lit indiqué. Une vérification sur place, que nous n’avons pas faite dans cette section, pourrait possiblement permettre de retrouver des artefacts assurant une précision définitive. La meilleure chose serait certainement de géo-référencer les bornes physique qui sont encore présentes sur plusieurs lots du Canton. Ce travail fastidieux apporterait encore un plus haut niveau de précision.

Dès lors, il nous est permis de confirmer l’hypothèse de Danièle Soucy. La Repousse est bien cette montagne au sud-est de l’actuel Lac de la Ripousse. Elle avait vu juste en formulant son hypothèse. Cette montagne qui ainsi «renait» se situe entièrement sur le territoire de Valdurn.

Rendu là, le chemin plonge vers le Lac au Poil. Il traverse la charge du Lac, emprunte sa berge nord et rendu à l’ouest du lac monte de façon spectaculaire… épouvantable jusqu’à la frange du plateau se situant au sommet de ce qu’on peut maintenant identifier de nouveau comme la Montagne de l’Épouvante! Les ouvriers avaient raison, ce chemin n’a pas de sens tant il est pentu! Et, conformément aux paroles de Labelle, ce chemin passe bien tout en haut du flanc ouest de l’Épouvante. Le plat formé par ce chemin est encore visible de l’acuel Chemin des Lacs, le printemps, à travers la cime des arbres à la fonte des neiges. J’ai pu le constater au printemps 2004.

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Le reste devient presque sans importance. Nous exagérons un peu! Il nous est alors permis de constater que ce chemin ne déboucha pas directement vers le centre du St-Faustin actuel. Il plonge de l’autre côté de l’Épouvante vers la vallée, longeant quasi à mi pistes les descentes de ski de l’actuel Mont Blanc. Ce chemin descend alors dans le creux de la vallée de St-Faustin vers ce qui est aujourd’hui le Chemin de la Pisciculture qu’il emprunte à peu près en destination de St-Jovite. Voilà où est véritablement passé le Curé Labelle dans sa première mais double exploration de 1870, la seconde se faisant vers le Grand Brulé…

Nous avons donc atteint quelques uns de nos objectifs. Le chemin du Curé Labelle est identifié. Nos deux montagnes jusqu’ici mystérieuses se révèlent à nous avec précision.

Reste à trouver le premier chemin de contournement et le second.

LES ROUTES ET L’ÉMERGENCE DE VALDURN

Près du tiers de l’actuel réseau de routier de Valdurn est en fait antérieur à la date d’acquisition de ce ce qui graduellement allait constituer le domaine des Durnford.

Alors qu’Antoine Labelle gravissait la Repousse, Philippe Durnford en prenait possession… ou presque!

Selon Mitchell, c’est probablement en 1870 que le premier Durnford, Philip, fit un premier voyage, une première excursion à la limite du Nord soit au Lac Cornu. C’est en 1871, l’année suivante qu’il fit cependant l’acquisition des sept premiers lots constitutifs de Valdurn soit les lots 12 à 18 du Rang 4. Il les acheta, selon la légende de cet Anglais qui voulait retourner à la mère patrie comme nous l’avons déjà mentionné ou bien encore se les fit accorder à cause de la taille de sa famille. Le premier document décrivant sa possession comporte sa signature et porte l’année 1871. C’est un plan sommaire car le lotissement n’avait pas encore été précisé par l’arpenteur. Son titre formel de propriété lui fut accordé en 1879. Ce territoire qui vaut des dizaines de millions de dollars aujourd’hui, il l’avait initialement payé 155$!!!

Le Domaine des Durnford commence à prendre forme dès 1875, Damase Chaloux (du Lac de la Brume, en partie dans le Canton de Beresford où se situe Ste-Agathe), Toussaint Larocque et son fils Joseph sont embauchés par Durnford qui doit se conformer aux règles de la colonisation et mettre en valeur ce qui lui a été accordé dans un laps de temps déterminé. Il s’y emploie donc.

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Chaloux construit immédiatement une première maison de bois rond qui appartient formellement à Durnford mais qu’il habitera. Elle est tout près de là ou se trouve le delta du ruisseau du Lac à Cailles, au pied de la Repousse, à quelques centaines de pieds du chemin emprunté par le Curé Labelle en 1870, le fameux chemin original de la Repousse.

Il déboisera ensuite ce côté ouest du Lac Cornu et son fils Edmond s’y installera formellement en 1901 en y construisant une nouvelle maison, aussi propriété des Durnford, mais dont il aura l’usage et où il demeurera jusqu’aux années quarante.

Voilà donc où se situa une des premières terres de St-Faustin, probablement la première. Durnford en laissa l’usufruit à ses habitants qui, pour, lui la cultivèrent.

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Damase et Edmond Chaloux furent les deux premiers gardiens de Valdurn suivis ensuite de Joseph Perrault jusque vers 1927 et de Willie Brazeau qui assista à la naissance du Valdurn moderne en 1971 et s’installa soit à l’année longue ou durant l’été (à la fin) durant près de 50 ans à la maison que l’on peut encore voir coin Brazeau et Durnford. C’est là où se situe la «grange» encore en usage et où se tiennent les assemblées annuelles de l’Association des propriétaires de Valdurn.

En s’installant dans sa maison de bois rond en 1875, Damase Chaloux fut avec Philip Durnford un des tous premiers à s’installer dans ce qui allait devenir St-Faustin.

Les premiers colons qui empruntèrent tous la première voie de contournement de la Repousse (1872) s’installèrent d’abord à St-Jovite, au Grand Brulé. Pour toutes sortes de raisons dont le simple fait que les terres y étaient plus belles.

C’est en janvier 1874 que le Curé de St-Jérôme reprend de nouveau le chemin du Nord, par la première voie de contournement. Selon Sanschagrin, il amène avec lui, outre Ménard et Scott, ses compagnons habituels, Antoine Côté qui s’installera le printemps de 1874 venu sur le lot 22 du rang 6 du Canton de Salaberry, à St-Jovite donc. Sa femme le rejoindra durant l’été avec ses trois enfants. Il sera le premier colon de St-Jovite. À l’automne s’ajoutent d’autres colons. St-Jovite naît.

Graduellement, lentement, le Canton de Wolfe (St-Faustin) commence à se peupler d’abord à Valdurn, ensuite près du Lac Carré (Absalon Légaré, Joseph Bourguignon) et s’ajoutent en 1876 Joseph Laurence, Laurent Millette et Honoré Doré. En 1878, nous en sommes à quelques 35 familles. La vallée du Lac Colibri se remplit, le «village», le pied du Mont-Blanc etc…

En 1879, la Mission de la Repousse devient la Paroisse de St-Faustin. C’est aussi en cette année de 1879 que la première maison des Durnford est construite, située entre le Lac Augusta (Profond) et le Lac Cornu (Home Bay). C’est certainement la première résidence de villégiature de St-Faustin. Cette maison de bois rond et ses dépendances sera utilisée ainsi pendant plus de 50 ans donnant naissance à la mission touristique de la région et lançant la grande aventure de Valdurn qui compte aujourd’hui près de 115 habitations formant une communauté serrée dans un domaine privé à vocation écologique à nul autre pareil au Québec.

Ces personnages associés au développement de Valdurn se retrouveront dans les institutions naissantes de St-Faustin : Paroisse avec curé résident (1886 – Curé C. A. Brisebois), Commission scolaire (1880 – Damase Chaloux, commissaire), Municipalité (1880 -Canton de Wolfe). Soulignons qu’une des écoles de la municipalité se situait là où on trouve le stationnement à l’entrée de Valdurn, le seul vestige en étant un très vieux pommier encore vivant et visible et possiblement les rosiers sauvages qui le bordent.

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Cette route qu’on retrouve à l’entrée de Valdurn était déjà là au moment ou s’installa Philip Durnford. En fait, près de 35% des routes desservant actuellement Valdurn existaient avant 1870 donc avant la création même de la première municipalité (1880). Le géo-référencement des plans cadastraux, de leurs regroupements et des cartes subséquentes on permis de retrouver le tracé original de tous les autres chemins manquants.

Encore une fois, les résultats sont étonnants de précision. Nous avons superposé les tracés originaux résultant de nos recherche sur les chemins actuellement en usage et il est visible que les chemins actuels correspondent globalement aux chemins de l’époque. Les chemins d’origine de Valdurn sont effectivement les chemins publics de l’époque, construits par le gouvernement.

Bien sûr, à des moments donnés, on voit ici ou là une courbure vers la berge du lac qui n’existe plus mais la chose s’explique. Généralement, un accident géographique comme un cap rocheux ou d’immenses blocs de granite exigeaient un contournement que la dynamite a résolu depuis avec facilité! Des courbes ont été redressées, des sections éloignées de la rive pour permettre des constructions. La section du Chemin Durnford entre l’entrée de Valdurn et la jonction Durnford-Brazeau a été refaite à quelques mètres du lit original de la route qui est quasi intact et a servi d’assise au réseau électrique et téléphonique, croisant à un endroit la route rénovée pour plonger vers le lac à la Maison Mitchell, de là vers le tennis et la maison Brazeau.

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Ces tracés démontrent aussi, hors de tout doute, que le premier chemin de contournement de la Repousse passait par l’actuel chemin du Lac à Cailles qui rendu au nord piquait vers le bord de l’eau là où se situe la demeure appartenant actuellement à M. Robert Raphaêl. Le document ci-joint est explicite à cet effet, notons toutefois que lac à Cailles n’est pas bizarrement pas reproduit! Plus tard, il y aura là aussi une auberge dont il reste des artefacts.

Ce chemin monte alors franc nord dans le replis de terrain naturel où s’écoulent les eaux de surface. Ce n’est pas la partie la plus facile et on comprend les réactions du Curé Leblanc qui s’inquiète auprès du Curé Labelle de l’opportunité de construire dans le tracé prévu par les arpenteurs. Ce chemin gravit cette montagne innomée qui débouche sur la vallée du Lac Colibri. En tournant vers l’ouest et en suivant presque le lit de la route actuelle, ce chemin débouche alors dans le centre de St-Faustin, passant par là où se trouve actuellement l’édifice de la MRC pour joindre le chemin menant au Lac Carré et passant devant la source identifiée à St-Faustin dès ses débuts.

Les pâturages que nous décrit de Montigny existaient bel et bien à l’époque de son voyage et son pique-nique pris sur les bords du Lac à Cailles et l’endroit où il attacha les chevaux peuvent encore être retrouvés, des artefacts existent aussi sur le terrain appartenant depuis plusieurs années à des descendants de la famille Molson. M. Bernard Levert, né à cet endroit, dans la vallée du Colibri, nous expliqua que jusque dans les années 1950, ces flancs de montagnes, de part et d’autres, aujourd’hui recouverts de forêts étaient semés de sarrasin. Il est donc compréhensible que ce premier chemin de contournement eut la vie officiellement courte, dix ans.

Soi dit en passant, la difficulté d’identifier la Repousse et sa localisation à l’ouest du Lac à Cailles par plusieurs ou bien encore au nord du Lac à Cailles trouve une explication au demeurant fort simple. Mon hypothèse est la suivante.

Tout d’abord, il faut bien comprendre qu’aucun colon venant pour s’établir n’a passé par le chemin original, celui emprunté par Labelle en 1870. Ce chemin était condamné et remplacé depuis 1871-72 par le chemin qu’ils ont, en fait, tous empruntés.

Mais les futurs colons en ont entendu parler du fameux chemin de la Repousse! Et comment! C’en était devenu une légende. Ils arrivaient donc dans ce chemin convaincus d’avance qu’ils contournaient ainsi la fameuse montagne… et il y avait effectivement à l’ouest, à leur gauche, une montagne. C’était pour eux et de toute évidence la Repousse!!!

Or, alors qu’ils longeaient le Lac à Cailles, ils avaient en fait dépassé la Repousse sans véritablement la voir et même l’approcher et la méchante était en fait derrière eux depuis près d’un kilomètre! Ce qu’ils voyaient, cette montagne… n’était pas la Repousse mais bien une montagne innomée, géologiquement liée au grand bloc de l’Épouvante. C’était en fait le flanc est de l’Épouvante.

Pour ceux qui poussaient plus loin l’erreur, ceux qui croyaient gravir la Repousse elle-même, il faut le comprendre! Le caractère très abrupt du chemin pouvait justifier leur méprise. Car il l’était!

Ce chemin, une bien mince amélioration, fut donc rapidement lui aussi remplacé, en fait dans les dix ans, mais il ne fut pas totalement abandonné comme le fut celui du Curé emprunté en 1870. Il a servi, à l’occasion, jusque dans les années 1970 du moins en partie.

Pour ce qui est des chemins se situant à l’ouest du Lac à Cailles, ce sont des chemins de buchage qui datent des années 1920-30 et subséquentes pour la plupart et qui ont connu des usages relativement récent. Il en va de même pour ce chemin qui exista à un moment donné du haut du plateau de l’Épouvante au centre du Lac de la Ripousse (dans la ligne d’écoulement des eaux), chemin servant à la descente du bois mais postérieur aux époques des pionniers. Soit dit en passant, le haut de l’Épouvante forme un plateau qui a fort probablement été habité mais qui a certainement servi de pâturage pendant plusieurs années.

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Quant au deuxième chemin de contournement, celui de 1882. Il est lui aussi clairement identifié sur les cartes des années 1900 et plus. Ce chemin emprunte vers l’est le lit de l’actuel Lac Colibri, inexistant à l’époque. Il contourne ensuite ce cap qui longe l’ouest de l’actuelle route 117 pénètre dans le Golf Royal Laurentien et rejoint ensuite le chemin qui mène à Ivry en passant au bout du Lac Rougeaud (Golf Mountain Acres) pour se brancher aux enivrons du lac Vaseux au chemin originel venant de Ste-Agathe. Notons que le chemin public qui se trouve à l’est du territoire des Durnford, construit avant 1870, s’y relie aussi. Tous ces chemins auront des liens entre eux du côté est et rallieront éventuellement la gare de Nantel quand viendra le train en 1892.

Les objectifs que nous nous étions fixés sont atteints. Nous avons pu identifier la Repousse et l’Épouvante, le chemin du Curé Labelle et ses deux contournements subséquents.